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mardi, 20 juillet 2010

LA LEGENDE DU PELARDON

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Charles Martel.jpg25 octobre 732, dans la plaine aux environs de Poitiers, d'un côté : Charles Martel et ses guerriers francs ; de l'autre, Abd-al-Khaman et ses cavaliers arabes.
La hache franque contre le cimetère maure.
Et puis, "Allah akbar !" ; les hommes du désert s'élancent à l'assaut tadis que mugissent les taureaux francs.
Occident chrétien contre Orient musulman ; le choc est terrible.
C'est la bataille de Poitiers.
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Pendant une semaine, on s'observe. Les guerriers francs armés de leur francisque, la hache à manche court que l'on jette sur l'ennemi, et du harpon crochu qui perce et ramène l'adversaire au pied de son vainqueur. Les cavaliers arabes dans leur cuirasse d'acier, le bras armé du redoutable cimetère, le carquois rempli de flèches. La cavalerie d'Abd-al-Khaman arrivant par vagues successives sur le mur de fer de l'armée de Charles. Le choc est violent.
Sous les pluies des flèches mauresques, les Francs meurent debout. Le combat dure jusqu'au soir.
Tandis que tombe la nuit, les Francs décident de contre-attaquer un adversaire fatigué et qui commence à faiblir. La cavalerie franque entre dans le camp arabe. Devant le danger, Abd-al-Khaman fait front et rappelle ses hommes. En vain ; la victoire préfère Martel et ses hommes.
A la fin de cette journée de cris et de sang, Abd-al-Khaman meurt d'un javelot dans le coeur. Le chef est mort, la défaite certaine, le combat n'a plus de sens. Et, dans les rangs des orientaux c'est la fuite éperdue. Le gros de la troupe reflue vers le Sud et l'Aquitaine pour rejoindre l'Espagne. D'autres fuient vers le Limousin ; à Aubusson, ils implanteront le tissage. Certains iront dans les Cévennes qui, aux vaincus, aux réprouvés, aux réfractaires, aux résistants ont été de tous temps terre d'accueil et de refuge.
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2009 05 20 19 St Martin de Lansuscle - biquettes recradée.jpgIls arrivent avec des animaux alors inconnus dans nos montagnes où l'on élevait plutôt la brebis : des chèvres. Des chèvres qui faisaient du lait ; du lait qu'ils conservaient non dans les urnes de terre cuite selon l'usage local, mais dans des outres de peau de chèvre. Pel, disait-on dans la langue des Cévennes et de l'époque pour désigner ces peaux que l'on remplissait de lait. Ardon : ce qui, en langue maure, désignait ce que plus tard on appellera "la cabre" et puis la chèvre.766px-Pelardon.jpg
En langage mi-maure, mi-cévenol, ces outres laitières furent désignées : "pel-ardon". Du lait sorti de ces peaux de chèvres, nos nouveaux cévenols fabriquaient un fromage rond comme une petite lune, plat comme un galet, et blanc comme poudre de neige.
Sorti des "pel-ardon", on l'appela le pélardon ; nom qui lui est resté.
Pour leur goût de bête sauvage, ces fromages furent vite appréciés et adoptés par la population qui en fit une spécialité locale. Le pélardon fit, et fait encore, la gloire des Cévennes.
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Adoptés par les Cévenols, vivant de leurs chèvres et de leurs fromages, adoptant le "bajanat" et les manières du pays, ces maghrébins s'assimilèrent lentement.
Abdallah, maure de son état, devint Monsieur Maurel ou Morel.
Abdelkader devint Monsieur Maury et son fils Maurineau.
Abdelramhan devint Monsieur Maurin dont les chèvres broutaient dans le "pré des Mauresques" de la Vallée Française.
Abdelkrim prit le nom de Crespin car il avait les cheveux crépus et Bouteflika devint Lebrun à cause de son teint basané.
Soixante ans après la bataille de Poitiers, l'empereur Charlemagne envoya dans les Cévennes, selon la tradition orale, son neveu Roland, pour savoir ce qu'étaient devenus les envahisseurs arabes dans ce coin de son empire. Le neveu ne trouva que de bons Cévenols. Certains à la peau mate, aux cheveux frisés et aux prunelles de braise. Mais tous bons conducteurs de chèvres et producteurs de pélardons. Cependant, la nuque toujours raide, n'acceptant pas facilement ce que l'on voudrait leur imposer.
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Pour célébrer l'invention du pélardon et remercier Notre-Dame de cette assimilation réussie, on construisit l'église de Notre-Dame de Valfrancesque toujours accueillante aux croyants de toutes origines.
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Avec l'aimable autorisation de l'auteur : Roger LAGRAVE
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Légende parue dans Cévennes Magazine N°1563 - Samedi 26 juin 2010
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