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lundi, 22 octobre 2012

L'automne selon Andrée Mazel

Aujourd'hui nous retrouvons Andrée Mazel, cette Boucoirannaise de la première moitié du siècle dernier à la plume si bien trempée dans l'encre de ses souvenirs, pour une balade automnale en deux temps, afin de vous laisser apprécier sa prose et ne pas trop vous fatiguer (les jambes à nous suivre ou les yeux à lire...)

Toujours grâce à son filleul Michel voici un nouveau texte que j'avais gardé sous le coude en attendant la saison appropriée ;-)

Les photos anciennes sont sorties des archives de la famille Raulet/Mazel et les plus récentes font parties de la "banque d'images" du hérisson ;-))

Le titre original de ces écrits est "Cyclamens de Perse ou de Jérusalem"

 cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazelPlus de chants, plus de rires, le raisin est cueilli, les joyeux vendangeurs ont déserté la vigne.

Parfois, poursuivant le gibier, un chasseur s’aventure parmi les ceps jaunis. Une détonation trouble alors le silence, un chien court ramasser le lapin pantelant, ou bien la perdrix grise que le plomb a tué.

Le fond de l’air est frais, dans un ciel bleu lavé le soleil brille moins que dans le plein été. Les dernières pluies ont fait naître au flanc de la colline des ruisseaux transparents ou des sources pleureuses qui baignent les rochers. cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazel

Avant de s’engourdir dans l’hivernal repos la nature est à l’œuvre.

Par ses soins les combes se tapissent de bruyères pourprées et des humus féconds sortent les champignons.

Les glands tombent des chênes et dans un feuillage luisant parmi des grappes de fleurs blanches, l’arbouse veloutée attends d’être cueillie.

cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazelLes feuilles du châtaignier commencent à jaunir et les bogues entrouvertes laissent échapper dans les genêts, sur la bruyère, leurs petits fruits agrestes et bruns. Enfin pour attirer la grive gourmande les baies de genévrier bleuissent.

O mélancolique saison, dans le murmure de tes sources, dans le chant timide des oiseaux et dans l’or de tes frondaisons, c’est invariablement le même air : 

Automne tu nous mènes aux portes de l’hiver, Été de St Michel comme tu passas vite, déjà St Martin s’est saisi du flambeau vacillant.

Des belles journées ensoleillées que reste t’il ? Rien ou si peu de chose !

cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazelLe jardin potager sent déjà la misère et presque l’abandon.cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazel

 Plus de fleurs, un feuillage rouillé, sur les bois des tuteurs les pauvres haricots pendent piteusement. Les aubergines et les beaux fruits d’amour pâlissent et se tavellent sur des tiges fanées, cependant qu’au carré d’à côté les beaux choux, tels des bourgeois repus, étalent leurs gros ventres et font les importants. On comprend aisément leur langage. 

cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazelEntendez les parler :

- "Maintenant que ces coquettes parées de rouge et de violet ne font plus les faraudes nous avons des coups d’œil et des visites et du succès.. A ces dames exigeantes il faut des soins appropriés du beau temps, du soleil, des arrosages copieux. Nous, bons types, savons nous contenter de peu et si dame chenille nous laisse un peu tranquilles, arrondissant notre volume nous devenons, ma foi une plantureuse légume.cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazel"

 

 Touché dans son orgueil le potiron rétorque :

- "Tout doux, tout doux, monsieur le chou n’oubliez pas que je suis là ! ! Tout comme vous je crois tenir le coup. Regardez mon beau ventre doré, fait-il envie ou bien pitié ?"cyclamens,automne,jardin,saison,andrée mazel

 

 Alors cette asperge du pauvre, le poireau, redresse son panache et regardant de haut la cucurbitacée riposte vivement : 

- "Tarnagas, té montés pas lou co, régardo un paou ti fïéyos son en trin de passo et sé lou mestré ven pas léu té cuelli adiou pécaïre toun beou ventre, sas ben venjian qu’aoüs cougourliers y faoü pas la plouvine*" et l’incident est clos.

 

.../...

Tout comme ce premier épisode... la suite à plus tard ;-)

 

*Aïe, je sens bien qu'il me faut traduire la dernière phrase, la répartie du porrì : Tarnagas, ben déjà ça, ça se traduit pas ! en fait c'est une pie grièche mais on traite pas les gens de pie grièche quand ils sont un peu niéqué, un peu couillon, on les traite de tarnagas ! ne te monte pas le coup ( ne te fais pas des idées), regarde un peu tes feuilles qu'elles sont en train de passer et si le patron ne vient pas bientôt te cueillir (tu peux dire) adieu à ton beau ventre, tu sais bien [venjian : ça c'est un mot qui nous pose problème dans sa traduction mais pas nécessaire à la compréhension de la phrase alors c'est peut-être une interjection] que les plants de courge n'aiment pas la pluie. Là aussi la plouvine peut être la barbaste, le djalibre, la gelée blanche quoi ! Mais que ce soit une pluie fine ou une bonne barbaste il vaut mieux rentrer les courges avant ! Car c'est bien connu que c'est au soleil que les courges mûrissent

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Commentaires

Super PAT j'espère que tu vas bien; cette personne écrit très bien il est très agréable de la lire vivement la suite et à bientôt!!!

Écrit par : luitaud frédérique | lundi, 22 octobre 2012

Mais......les jardiniers de Boucoiran
Ne laissent pas jaunir et flétrir leur production..
En plus ils ne les laissent même pas parler ;-))
Heureusement, car je ne pourrais à ce moment là les faire cuire.
Mais je veux bien écouter encore ce qu'en dit Andrée Mazel.

Écrit par : la dame du mézadou | lundi, 22 octobre 2012

.............J'adore........

Écrit par : Magali de Gannat | lundi, 22 octobre 2012

je ne savais pas que le poireau est l'asperge des pauvres
super!...

Écrit par : claudine | lundi, 22 octobre 2012

bravo tonton ! Pour avoir retrouvé, lu, transmis la prose de l'ancêtre Andrée Mazel !

Écrit par : Bonnefoi | lundi, 05 novembre 2012

Et ce fut un réel plaisir de la découvrir, la lire et la partager
Encore mille mercis Michel !

Écrit par : Pat | lundi, 05 novembre 2012

Les commentaires sont fermés.